Tour d'Histoires

Formation à la communication des personnes âgées dans le but de développer
leur capacité à intégrer leurs souvenirs et la capacité à se passionner pour une activité

« De même qu’une petite seconde suffit pour éprouver le sentiment d’éternité et percevoir un autre temps,
il suffit parfois de quelques mots dans le présent pour permettre d’exprimer des sentiments qui changeront le sens d’une vie. »
Danièle Quinodoz, psychanalyste, VIEILLIR une découverte, PUF, 2008, p 27.

Consultez l'article de la Libre Belgique du 27 juin 2012 « Tours d'Yzer, tours d'histoire »

 


La rencontre improbable de deux groupes de seniors à travers la réalisation d'un reportage audio-visuel : cinq seniors membres de la FIS (groupe 1) se rendent respectivement chez un(e) senior résidant dans l'une des deux tours d'habitations sociales du quartier nord (groupe 2). Formé à la conduite d'interview, à la prise de son et de photographies, un senior du groupe 1 réalise un « portrait » sonore et visuel d'un senior du groupe 2. Dans un second temps, chaque duo de seniors réalisera, avec l'accompagnement de notre ingénieur son, un petit montage jugé représentatif. En avril 2012, une exposition présentera les résultats tant sonores que visuels de ce travail de part en part participatif. En septembre 2012, il sera représenté à la Fédération Wallonie Bruxelles dans le cadre de l'année européenne du vieillissement actif. LL

L’objectif primordial du projet « Tour d’histoires » est la promotion de la cohésion sociale et la création d’un réseau de personnes fiables et d’une chaine de solidarité autour de personnes âgées isolées. Le mode opératoire du projet est une formation à la communication, qui puisse répondre à des besoins spécifiques des personnes âgées.

En leur proposant de participer activement à l’élaboration de récits de vie par le biais d’un reportage photographique et sonore, elles auront l’occasion de faire un double apprentissage artistique (montage sonore et photographie) et de mise en récit de leur vie. Cette formation prend toute sa dimension auprès de ce public cible puisqu’il s’agit au fond de donner des moyens vivants et concrets aux personnes âgées de donner une forme au « travail de vieillir ». En filigrane bien sûr, l’estime de soi, la capacité à créer des liens avec d’autres personnes et à se sentir soutenu par un réseau de personnes fiables et le réseau associatif seront aussi constamment valorisées.

Plurivalent, ce projet allie pédagogie, autonomisation, engagement social (écoute, maillage social, interconnaissance), collecte documentaire susceptible d'enrichir un corpus de données relatives à la mémoire locale, et prise de parole : l'interview permet en effet au résidant des « Blocs » du nord (foyer laekenois ou foyer bruxellois) de commenter sa réalité quotidienne, de faire entendre son point de vue sur son quartier, de décrire son mode de vie et de partager sa trajectoire personnelle - autant de « saisies de soi » qui, inscrites dans une dynamique relationnelle, peuvent servir une meilleure épreuve de la vieillesse et, peut-être, contrer la sensation de déprime dont elle peut s'accompagner.

LE TRAVAIL DE VIEILLIR : RECONSTRUIRE SON HISTOIRE INTERNE PAR L’INTEGRATION DE SOUVENIRS

Les personnes âgées ont besoin de porter un regard sur l’ensemble de leur histoire personnelle, afin de situer leur vie et ce qu’ils vivent actuellement dans sa trajectoire totale de manière significative. Le déroulement de la formation vise à créer un espace de communication qui répond à ce besoin de survoler sa vie, la comprendre, pour pouvoir être apaisé et éprouver un sentiment de cohérence interne qui peut se formuler simplement comme suit : « c’est ma vie, c’est la place que j’ai eue dans ma vie ; j’en fais le récit et je la documente en participant à cette formation ». Par le biais de l’interview d’une personne âgée par une autre personne âgée, l’occasion est donnée de faire des liens entre des éléments de vie passés et présents, qui ne sont pas juste juxtaposés, mais associés jusqu’à former un tout significatif. Les personnes âgées sont moins requises par le présent et l’urgence d’agir. Elles sont par contre conscientes du temps qui passe et ont besoin de donner une signification d’ensemble à leur vie. Ce besoin qui fait partie du « travail de vieillir » en passe par la reconstitution de souvenirs. Aider à la reconstruction de l’histoire interne de personnes âgées par le biais du reportage sonore et visuel permet de mieux se souvenir, c’est-à-dire d’intégrer des souvenirs dans un ensemble qui fait sens. Cette capacité à intégrer des souvenirs est plus importante que la qualité ou le nombre de souvenirs car il s’agit bien de construire son histoire et sentir comment on a pris sa place dans la vie et continuer de la prendre malgré l’isolement, les difficultés liées au vieillissement et l’angoisse de la mort. Incidemment, la rencontre elle-même et le fait de livrer son récit de vie procure le sentiment d’un plaisir partagé et la sensation d’être utile, en transmettant ce que l’on est au travers de ce que l’on a vécu et cheminé, ce qui est essentiel dans la vie et a fortiori, dans la vie d’une personne âgée. Mobiliser d’autres personnes âgées en leur demandant de mener les interviews et de faire des photos va créer un effet de miroir. Ils partageront certainement des éléments de leur propre vie car entendre un récit de vie fera nécessairement écho. Ils ressentiront à la fois le plaisir éprouvé par leur interlocuteur et l’importance de se raconter.

VIEILLIR UTILE : LA CAPACITE DE SE PASSIONNER

Cela nous amène au deuxième objectif poursuivi par cette formation. Les personnes âgées qui participeront à cette formation à la communication « Tour d’histoires » auront l’occasion d’apprendre à faire des photos et à faire du son. Or, nous savons tous que les personnes âgées qui restent passionnées et mobilisées par autre chose qu’elles-mêmes vieillissent plus harmonieusement. L’objectif de la formation est bien évidemment d’éveiller ou de consolider la capacité à se passionner pour quelque chose, au travers de l’apprentissage de l’enregistrement sonore et de la photographie qui leur est proposé.

A l'initiative d'Emilie Danchin et subventionné par la Fondation Roi Baudouin, Tour d'histoires est une collaboration entre Emilie Danchin (Analytique photographique), la FIS (Fédération Indépendante des Seniors), BNA-BBOT (Bruxelles nous appartient) et le Service de cohésion sociale du quartier nord.

Coordination administrative : Fédération Indépendante des Seniors
Conception et coordination artistique, formation à la communication des personnes êgées, à la photographie et accompagnement : Emilie Danchin
Constitution du groupe des habitants des tours : Cohésion sociale Quartier Nord
Formation à la réalisation des interviews, à la prise de son et au montage, traitement des données sonores : BNA-BBOT

Remerciements particuliers à Florence Planchet, Dymitra Panagiaris, Séverine Janssen, Didier Tchulieu, Danièle Quinodoz et aux habitantes des tours pour la qualité de leur accueil et leur disponibilité.