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Emilie Danchin, Diep insight ~ deep Inside

Série photographique, 2016 Co-production festival diep~haven - Ministère de la Culture et de la Communication, Lutte contre l'exclusion

 

Consultez l'article du Magazine du Vif L'express Se voir pour y croire à propos du projet.

 

 

 

 

Si la photo force l'évidence du réel, peut-elle rendre compte de notre sentiment d'exister ? Dans son travail de portrait, Emilie Danchin cherche à documenter par quel mouvement créatif et relationnel nous nous situons personnellement dans le réel. C'est pourquoi elle propose à ses modèles des sujets de réflexion imagés, dans l'attente qu'ils s'y attachent passionnément, et qu'ils y mettent une part fondamentale d'eux-mêmes, celle qui demande à être créée. La série Diep insight ~ deep Inside poursuit ce rêve d'inscription dans un territoire, investi ici par un groupe de 17 personnes en demande d'asile lors d'une résidence d'artiste organisée par le Festival Transmanche sur le thème du portrait contemporain. C'est une tentative de création avec elles d'un lieu privé malgré tout, qui témoigne d'un espace d'inclusion réciproque de l'intérieur et l'extérieur, du réel et de l'imaginaire, du rêve et de la pensée, sous forme de documents photographiques.

« Ça représente le fait que je dois tourner le dos au passé, car je sentais que j’en étais prisonnière, explique une participante devant sa photo. (...) Ma vie a changé après cet exercice. Il y a eu un déclic. Quand j’ai quitté mon pays, j’avais 40 ans, des connaissances et des amis sur qui compter. Lorsque l’on arrive dans un endroit où on ne connaît personne, on ne sait pas comment débuter une relation, les gens sont réticents. Ça me faisait très mal. Mais après cette expérience, j’ai compris que s’apitoyer sur son sort engendre des problèmes. Ce visuel a apaisé mon cœur ».

Grâce à l’expérience photographique, volontairement déployée de manière projective par Emilie Danchin, il s'est agi ici de découvrir avec les participants le paysage de Dieppe (parcourir des territoires à l’extérieur, s’imprégner du paysage, créer un tableau d’impressions, un cadre photographique) et de les y incruster visuellement et corporellement en leur demandant de performer des bribes de leur histoire (parcourir des territoires à l’intérieur, être attentif aux impressions, laisser saillir une image de soi remplie de l’intérieur, jouer et performer, créer un portrait de soi).

L’objectif de la résidence photographique Diep insight ~ deep Inside était de révéler et documenter grâce au processus photographique structuré (étapes d’atelier) et à l’implication des modèles (les 17 participants) comment nous nous approprions un territoire objectivement et subjectivement ; comment nous balisons un territoire intérieurement et extérieurement ; comment nous investissons le monde au travers de ce que nous voyons et ce que nous ressentons ; comment nous créons le monde en nous projetant dedans pour pouvoir nous y situer. Le résultat a été présenté sous forme de portraits des participants et modèles photographiés dans des paysages extérieurs selon des modalités imaginaires personnelles, précises.

Enfin, si la perspective de la résidence est phénoménologique, elle est éminemment relationnelle et Emilie Danchin a souhaité faire ce travail avec un groupe de personnes qui viennent d’autres horizons dans des circonstances difficiles, qui doivent obligatoirement faire ce travail imaginaire de découverte et d’inscription dans un territoire incertain et inédit et qui peinent inévitablement à le faire. « Je voulais passer du temps avec eux et, si possible, soigner des choses au passage », dit-elle. Elle les a emmenés en reconnaissance d’un nouveau territoire sous le double prétexte qu’ils l'accompagnent (elle ne connaissait pas du tout Dieppe ; ils savaient mieux qu'elle) et de faire des photos (l’atelier) afin de relancer — ne serait-ce que partiellement — leur capacité à se représenter le territoire, c’est-à-dire à le voir, s’y projeter et y trouver leur place.