Le héro - Le Selfie
Photothérapie avec des adolescents

Les ateliers de photothérapie Le Héro et le Selfie se sont déroulés pendant 2 semaines complètes. J’avais très envie de proposer à des adolescents le thème de l’autoportrait de manière créative, en m’inspirant du travail de Sacha Goldberger sur sa grand-mère déguisée en Super Mamika, les photographies de décomposition du mouvement de Eadweard Muybridge et les œuvres découpées de jeunesse de Cindy Sherman.

 

Les deux stages Le Héro et le Selfie étaient plus « dirigés » que d’habitude et plus orientés sur les jeunes eux-mêmes (leur image) que lors d'autres stages. Ils étaient entièrement conçus autour de la construction d’une ou plusieurs images d’eux-mêmes de façon directe (Le Selfie) ou quasi-directe (Le Héro sachant que c’est eux qui joueraient les héros dans des scénarios qu’ils inventeraient).

 

J’ai voulu tenter quelque chose de « pointu » avec des adolescents en hôpital de jour tant dans le travail sur leur image que dans l’apprentissage de la photo (tirage en laboratoire), que dans la mise en forme des photos et ce, en imaginant une journée complète de mise en forme des images le dernier jour. Cela me semblait périlleux car lors d’autres stages, ce que j’appelle les moments « scolaires » (regarder des livres ou des DVD Arte CONTACT, aller voir une exposition...) et surtout les moments d’ « animation » (mise en forme des images en tentant de leur faire commenter ou de répondre à des questions sur les photos) ont été difficiles, voire pénibles ou impossibles. Mais, un atelier Autoportrait (été 2013) ayant bien fonctionné, je voulais approfondir le travail de l’image avec des adolescents sur le fond (entretien individuel préliminaire projectif sur un thème imagé, Questions pour un Selfie, J. Weiser, la performance de soi) et la forme (le scénario, la décomposition du mouvement et le collage).

 

Lors d’autres stages, les thèmes proposés permettaient d’impliquer les jeunes (le routard, le vacancier, l’autoportrait, le reporter) ne serait-ce qu’en imagination, en démarrant par un entretien individuel (« Et si tu étais le routard de ta vie ? Quel vacancier es-tu ? Fais-tu des autoportraits ?). Toutefois, les prises de vue étaient collectives, présentées comme des « promenades photographiques » pendant lesquelles je les mobilisais individuellement. Je les invitais à faire aussi des portraits et autoportraits, notamment en les photographiant moi-même en « routard », « vacancier » et « reporter ». A la fin, je leur proposais de faire un album. Procédant par étapes, progressivement, il m’est arrivé de tenter des petites avancées par l’image en leur proposant de choisir une image dans un paquet de photos d’ados sur une table, de parler de cette photo et de les photographier avec l’image et en fin de parcours, les photographier avec leur album. Avec Le Héro et Le Selfie, je suis allée plus loin dans la méthodologie d’atelier ; les deux groupes ont très bien répondu avec des jeunes qui se sont réinscrits la seconde semaine !

 

Chaque semaine était entièrement structurée et organisée autour de la création par chaque jeune d’une image élaborée d’eux-mêmes. Le but du jeu était de faire passer les jeunes par différentes étapes photographiques (l’imagination, la narration, la performance de soi, la photo argentique et le labo, la photo numérique et le mini studio, l’exposition) et techniques (la photo argentique et la photo numérique, le scénario, le collage), afin qu’ils découvrent la photo de différentes façons et qu’ils investissent le thème de manière significative et mènent une réflexion en profondeur chacun à leur façon, l’air de rien.

 

Le programme était chargé et il fallait s’y tenir pour arriver à un résultat. Nous les avons bien encadrés pour qu’ils y arrivent tous. Ils ont très bien répondu à un niveau d’exigence élevé. Ils avaient l’air heureux, motivés, ce qui était un vrai bonheur, notamment en labo, moment d’apprentissage extraordinaire, où ils sont très vite autonomes, ce qui visiblement leur plaît beaucoup. Le résultat a été extraordinaire.

 

S’inspirer des collages de Cindy Sherman était une très bonne idée. Je suis encore étonnée de la manière dont ils ont accueilli la consigne agrémentée de quelques ouvrages de référence. Le laboratoire est un moment d’apprentissage qu’ils ont tous aimé sans exception. Le collage génère une belle concentration dans une atmosphère ludique. Du point de vue méthodologique, j’avais décidé de tenter de pousser un peu plus loin le travail d’image de soi et nous avons été impressionnés par les résultats. Je les ai vus prendre du plaisir à venir à l’atelier ; leur participation était importante. J’ai constaté une évolution de chacun à sa façon.