Une vie de femme

Une sélection des photographies de plusieurs femmes est présentée sous forme de mini-séries. Le thème était leur vie de femme.

 

Il s’agissait d’un groupe de 14 femmes de la Maison des femmes de Forest. Presque toutes marocaines, entre 18 et 60 ans, toutes musulmanes pratiquantes. Presque toutes portent le foulard. D’origine modeste, elles se retrouvent chaque semaine au cours d’alphabétisation. Elles sont quasi toutes mariées et mère de famille. La plupart peuvent sortir seules, mais elles craignent ou évitent la présence des hommes. Elles ne travaillent pas, sauf exception. Elles envisagent peu en dehors du schéma familial.

 

Globalement, elles ont apprécié l’atelier car elles ont eu l’occasion de faire autre chose, quelque chose qui les sortaient de leur quotidien et qu’elles ne font jamais, et qui en même temps les concernaient personnellement. Elles ont aimé et trouvé facile de voyager dans leurs émotions (Femmes objet ; Portraits symboliques) pour en faire des photos. Elles ont trouvé difficile de faire des photos elles-mêmes. Trouver l’inspiration, regarder par elles-mêmes, affronter le regard des maris, qu’y avait-t-il de si difficile ? Entre faire des photos en cachette, ne pas en faire du tout et le quotidien qui prend le dessus ou encore les maris qui ont bon dos, la marge de manœuvre a semblé fine, mais sans avoir suffisamment d’éléments et de recul pour pouvoir en tirer des conclusions. Ce qui est sûr, c’est qu’au départ, apprendre le français est mieux toléré qu’apprendre la photographie. La photographie peut-elle être autre chose qu’une sorte de divertissement inavouable ? Et puis comment s’amuser à faire des autoportraits sous le regard éberlué ou méfiant d’un mari ? Toujours est-il qu’incrédules, elles ont fait des photos. Certaines se sont enhardies à sortir. Et le résultat est intéressant à leur plus grande surprise.

 

Grâce à l’atelier, elles ont découvert la singularité de leurs regards au travers de leurs propres photos étalées là à même le sol pour une séance d’editing. Là, c’était magnifique. Cela a généré des silences collectifs, un étonnement. De l’incrédulité, on est passé à une fierté palpable dans l’atmosphère et ces jours-là, au moment de quitter l’atelier, les au revoir ont vibré accompagnés de remerciements appuyés, avec des sourires complices et des regards brillants.